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Mirecourt une ville d'histoire et d'art

 

 

La première mention certaine de Mirecourt concerne une confirmation de donation de terres par un acte d’Otton 1er en 960 : « Urso dedit praedium in Murici Curte ». S’ensuit une nouvelle confirmation dans les mêmes termes dès le 2 juin 965. Dans toutes les dénominations de la localité, on retrouve toujours les suffixes « court », « curia » qui dérivent du latin « curtis », signifiant « cour ». Il désigne sous le bas empire romain (III-Ve siècles) une exploitation agricole et ses dépendances. Quant au préfixe, il correspond la plupart du temps au nom du propriétaire de la curtis. Les formes Moricurtis, Morucocurte et Modoricicurte sont les plus anciennes et éclairent sur la signification du préfixe. C’est sans doute le nom germanique Moricho. Ainsi, Mirecourt serait au Xe siècle une petite entité agricole, ou plus vraisemblablement deux ou trois exploitations disséminées sur le territoire actuel de la ville, qui finissent par se concentrer autour d’un point central, correspondant aujourd’hui au faubourg Saint-Vincent, embryon de la ville actuelle1. Une petite chapelle romane est construite au XIe siècle, le village dépendant alors de Vroville.

 

La ville se développe dès le Xe siècle sur la rive gauche du Madon qui est maîtrisée (traces archéologiques de poteaux). Un château et un bourg castral sont élevés au XIIe siècle. Le château se situait à l’extrémité sud de la rue haute alors que les remparts entouraient une petite ville, du canal jusqu’au delà des halles, avec un plan presque quadrangulaire ; les fouilles réalisées en 2002 indiquent clairement un tracé formant un angle droit dans la ville basse2. La porte au nord de la ville deviendra la tour de l’horloge lorsque les remparts seront déplacés. Des activités artisanales existent dans ce bourg. Les remparts sont consolidés à la fin du XIIIe siècle. Mirecourt, chef lieu de prévôté au moins depuis 1165, a d’abord comme seigneur le comte de Toul qui accorde en 1234 une charte aux bourgeois de la ville, puis elle passe progressivement sous la domination du duc de Lorraine3.

 

Mirecourt est agrandie au XIVe siècle, au moment de la Guerre de Cent ans, avec de nouveaux remparts vers le nord, le long du canal ; des tours sont construites plus tard. Elle devient une ville avec un marché, des halles, des fours, une église et un atelier monétaire. Elle englobe la nouvelle église, abrite dans la rue basse de nouveaux quartiers artisanaux, tanneries, ateliers de poterie, verre, forge… et dans la rue haute des maisons de marchands et de notables. Sa superficie passe de deux hectares à six, et ne changera plus jusqu’à la fin du XVIIe siècle. A l’extérieur des remparts, trois faubourgs restent modestes, dont celui du Pont, de l’autre côté du Madon. Le statut de Mirecourt change, elle devient chef-lieu du bailliage de Vosges à la fin du XIIIe siècle et un maire assisté d’échevins administre la ville.

 

        La ville s’épanouit aux XVe et XVIe siècles avec la création du couvent des cordeliers, d’un hôpital dans la rue basse, du bel hôtel Renaissance d’Errard de Livron… Sa prospérité est due à l’importance de son artisanat (draperie, dentelle, métaux) et son commerce local avec les foires et, à longue distance, avec l’Italie et les Pays-Bas espagnols. Les marchands et les drapiers enrichis construisent de belles maisons aux cours munies d’escaliers et de galeries ornées de garde-corps superbes4. La population augmente et passe de 396 conduits (feu, famille) en 1578 à 659 en 1622, environ 3000 habitants. Les nouvelles halles en pierre, achevée en 1617, sont bien le symbole de cette prospérité.

 

La Guerre de Trente ans et celles menées par Louis XIV ruinent la ville ; la peste (1631-1633, 1636), les famines provoquent un effondrement de la population. On ne compte plus que 40 conduits en 1640. La ville est assiégée à plusieurs reprises et la faiblesse de ses remparts ne lui permet pas de résister. Ils sont rasés en 1670, la ville subit des occupations militaires, une administration française et la population reprend peu à peu : 262 conduits en 1667 (1200 habitants)5.

 

C’est seulement avec la paix de Ryswick et l’avènement du duc Léopold que la ville renaît et se reconstruit. Les façades de presque toutes les maisons sont refaites à la mode du XVIIIe siècle avec les fenêtres arrondies et délardées, les cours intérieures se parent d’escaliers rampe sur rampe, le faubourg de Poussay se construit avec de grandes maisons somptueuses, l’hôpital voulu par l’abbé Germiny y est construit. Grâce à un fort essor démographique, et malgré des épidémies et des disettes, la population de la ville atteint 3000 habitants dès 1708 et 4700 en 1780. La prospérité économique se marque par un grand nombre d’artisans (la moitié de la population active) : fileurs, tisserands, drapiers et dentellières, cordonniers, chapelier et tous les métiers du bâtiment, bouchers, boulangers et les métiers de bouche ; autour d’eux gravitent une centaine de manoeuvres ; laboureurs et vignerons peuplent les faubourgs ; au centre de la ville, les marchands et les gens de robe dominent la société ; les nobles et les ecclésiastiques sont peu nombreux. La lutherie devient au cours de ce siècle une activité majeure, le nombre de luthiers passe de 4 à plus d’une centaine, ils se spécialisent : facteurs d’archets, de serinettes et marchands. L’influence de Mirecourt est forte dans les villages environnants, mais en 1751 le bailliage de Vosges est fortement réduit en superficie.

 

Les Mirecurtiens adhèrent immédiatement à la Révolution, mais la ville n’est pas choisie pour être le chef-lieu du département des Vosges. Elle obtient cependant le tribunal départemental, un tribunal de commerce et l’administration d’un district, puis un arrondissement dirigé par un sous-préfet. Comme dans le reste de la France, modérés et montagnards s’affrontent pour l’exercice du pouvoir et la mise en application des mesures de salut public6. La ville se transforme avec la disparition des établissements conventuels et la vente des biens du clergé ; les bâtiments de la congrégation Notre Dame subsistent seuls et deviennent le siège de la gendarmerie, du collège et d’un théâtre.

 

Au XIXe et au début du XXe siècle, Mirecourt compte 5000 habitant et la lutherie fait sa renommée : artisans et entreprises emploient en 1906 plus de 600 luthiers en comptant Mattaincourt, Poussay et Juvaincourt7. Les produits sont vendus dans toute la France et les meilleurs luthiers gagnent Paris, alors que leurs épouses font s’épanouir l’art de la dentelle8. La ville connait une forte expansion vers l’ouest avec la construction de bâtiments publics, sous-préfecture, école normale, gare et collège de jeunes filles, reliés par de nouvelles rues, l’avenue de la gare, l’avenue Graillet, la rue Estivant. Les républicains, puis les radicaux dominent la vie politique et affrontent les forces conservatrices ; la presse d’information locale se bipolarise entre modérés et radicaux9.

 

Après la Seconde Guerre mondiale, Mirecourt connaît une très forte augmentation de la population (8800 habitants en 1968) en liaison avec la création de l’hôpital psychiatrique de Ravenel. De nouveaux quartiers populaires sont créés de l’autre côté de la voie ferrée, au nord vers Poussay autour de l’usine textile, et au sud la ville rejoint Mattaincourt. Mais la lutherie industrielle en crise disparaît au début des années 1970 et « la Cotonnière » ferme ses portes en 1967. Le déclin économique de la ville se traduit aussi dans la population qui est de 5772 en 2011.

 

 


Jean-Paul Rothiot
Président de l'association des Amis du Vieux Mirecourt-Regain

 

 

 


1 Pour de plus amples informations voir : Moulis (C.), De la campagne à la ville, Mirecourt au Moyen Âge, mémoire de maîtrise, Nancy, 1997, 180 p. et Bulletin n° 1 des AVMR.

2 Voir l’article de Philippe Kuchler, « Les fouilles de la rue du Docteur Joyeux à Mirecourt : une archéologie des enceintes urbaines et de leurs abords », dans Mirecourt la ville, son architecture et son histoire.

3 Voir l’article de Cédric Moulis, « Mirecourt au Moyen Âge. La naissance d’une ville », dans Mirecourt la ville, son architecture et son histoire, Nancy, FSSV et AVMR, 2013.

4 Voir le Bulletin n° 12 des AVMR sur la Renaissance à Mirecourt.

5 Guy Cabourdin, « La population de Mirecourt, 1580-1740 », dans Mirecourt et Poussay, actes de Journées d’études vosgiennes, Nancy, PUN, 1984, p. 9-16.

6 Jean-Paul Rothiot, « Jean-Baptiste Salle et l’affaire des Cloches », dans Figures de la Révolution et de l’Empire, PUN, 1992.

7 Voir Eric Tisserand, « Entre art et industrie : la lutherie de Mirecourt (Années 1850-1939), dans Mirecourt, une ville et ses métiers, Nancy, FSSV et AVMR, 2013.

8 Voir Claire Prévot, « Dentelle, dentellières et marchands à Mirecourt », dans Mirecourt, une ville et ses métiers, Nancy, FSSV et AVMR, 2013.

9 Voir Gilles Grivel, « Droites et gauches à Mirecourt et dans son canton, de 1830 à 1914 » et Philippe Alexandre, « La presse d’information politique et générale à Mirecourt, 1847-1940 », dans Mirecourt la ville, son architecture et son histoire, Nancy, FSSV et AVMR, 2013.

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